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J’ai récemment lu un recueil de nouvelles de l’écrivain cambodgien contemporain Soth Polin, qui est un écrivain majeur. Le recueil en question porte le titre de la dernière nouvelle : « La mort dans l’âme » (មរណៈក្នុងដួងចិត្ត). Dans ce court récit, Soth Polin y parle de désir féminin, et décrit assez crûment les ébats d’une jeune fille avec ses amants. Il y a notamment un passage dans lequel l’un de ces amants demande à la demoiselle de lui adresser les mots les plus salaces, histoire de pimenter l’action… (À ma connaissance, ce recueil de nouvelles n’a pas encore été traduit en français, ni en anglais.)
En khmer, il existe de nombreuses expressions verbales s’appliquant à l’acte charnel. La plus courante de ces expressions est sans doute រួមភេទ (prononcé approximativement « rouom phét », « ph » indiquant le [p] aspiré), qui signifie littéralement « unir » (រួម) les « sexes » (ភេទ). ភេទ est un mot tout à fait neutre et poli ; on le trouve par exemple sur les formulaires administratifs dans lesquels il est demandé de préciser le sexe d’une personne.
Avec le verbe រួម, les Khmers ont construit d’autres expressions s’appliquant aux relations charnelles : រួមដំណេក (rouom dâmnék), littéralement « unir le sommeil », qui s’utilise notamment lorsque l’on parle de la nuit de noces ou de la lune de miel. J’ai découvert il y a quelques jours, dans le conte khmer qui raconte les aventures de la princesse Neang Khmau, peu farouche et se distinguant par son penchant prononcé pour les ecclésiastique, l’expression រួមរ័ក (rouom rak, រ័ក, que l’on trouve aussi avec l’orthographe រក្ស, signifie « prendre soin de ») (pour le conte de Neang Khmau, voir ici sur le blog Khmerologie). Dans leur Dictionnaire français-khmer, Michel Antelme et Hélène Suppya Brut-Nut signalent encore les expressions រួមស្នេហា (rouom snéha, « unir l’amour »), រួមសង្វាស (rouom sangvah, « vivre ensemble ») ou encore រួមបវេណី (rouom pavénèi), qui correspond presque exactement à l’expression française « avoir des relations conjugales ». Ils citent même, et cela vous sera fort utile si vous avez besoin un jour de parler en khmer de l’acte sexuel d’un monarque, l’expression verbale royale ទ្រង់ព្រះសយម្ពរ (rouom préah sayampôr ; ទ្រង់ est un préfixe verbal fréquemment utilisé pour les verbes indiquant une action exécutée par un roi, ព្រះ signifie « sacré » ; j’ignore le sens du mot សយម្ពរ) (voir l’entrée « amour », et notamment l’expression « faire l’amour », page 159 du Dictionnaire). Par euphémisme, les Khmers utilisent aussi l’expression « dormir ensemble » (ដេកជាមួយគ្នា « dék tie mouoy knie »).
Toutes les expressions ci-dessus sont polies, voire poétiques…
Bien entendu, le registre du khmer argotique ou scabreux possède également un certain nombre d’expressions plus ou moins imagées.
Lors de mes sorties nocturnes à Phnom Penh, j’ai par exemple souvent entendu utiliser le verbe ចុយ (tchoy), considéré comme très vulgaire, qui signifie « copuler » lorsque l’on parle d’êtres humains. Dans le Dictionnaire susmentionné, à l’article « baiser » (pp. 220-221), les auteurs énumèrent un grand nombre d’expressions, dont les suivantes : ធ្វើកូន (thveu kaune, « faire des enfants »), ធ្វើកូនគ្នា (« faire des enfants ensemble ») ou ធ្វើគ្នា (tout simplement « faire ensemble »), ស៊ីមាន់ (« manger une poule ») ou ស៊ីកូនមាន់ (« manger une poulette »), ស៊ីម្ហូបឆៅ (« manger de la nourriture crue »), វាយមួយ (« frapper un coup »), ដាក់មួយ (« mettre un coup »), etc.
Mais dans son récit, Soth Polin utilise encore d’autres verbes, qui sont, dans ce contexte, considérés comme extrêmement vulgaires : ធើ (theu), qui est la déformation orale de ធ្វើ (« faire », que l’on a vu employé ci-avant), សាប់ (qui désigne normalement l’action de frapper à coups rapides et répétés, comme par exemple lorsque l’on frappe avec la lame d’un couteau la chair d’une papaye verte pour débiter cette chair en julienne) ou encore, tout aussi expressif, បុក, qui signifie « pilonner » (à l’aide d’un pilon, dans un mortier)…
Ci-dessous, la couverture de mon exemplaire du recueil La mort dans l’âme :
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